Les bleus des Blacks : une histoire d’exploits et d’hématomes

La tournée d’automne de l’équipe de France de rugby va permettre au XV tricolore de défier l’ogre, la terreur, le monstre néo-zélandais. Oui, le 14 novembre prochain, au Groupama Stadium de Lyon, les Bleus tenteront de résister au jeu si complet des All Blacks, supérieurs en tout, dans l’impact, le collectif et l’intelligence de jeu.

Un test grandeur nature qui permettra peut-être d’y voir plus clair dans les chances de la bande à Novès pour ses prochaines échéances… dont un tournoi des VI Nations que la France n’a plus remporté depuis 2010 – et que les Passionnés vous font vivre.
Petit Top 6 des France-Nouvelle-Zélande les plus marquants !

2015 – La fessée de Cardiff

Cela fait huit ans que la France n’a plus battu les All Blacks. Huit longues années, qui entérinent dix défaites consécutives, 287 points encaissés pour, seulement, 119 inscrits. Parmi ces échecs, il en est un qui reste malheureusement mémorable : en 2015, en quarts de finale de la Coupe du Monde, les Bleus se font humilier 62-13.
Un record, puisqu’une nation n’avait jamais subi un tel revers à ce stade de la compétition… et que la France n’avait jamais concédé autant d’essais en une rencontre. Neuf, pour être exact, dont trois pour le seul Julian Savea, Lomu d’un soir qui, sur son deuxième, envoie trois Français au tapis. Un véritable chant du cygne pour Philippe Saint-André, le sélectionneur, remplacé par Guy Novès dans la foulée.

2011 – L’amertume aux antipodes

Tout le monde voulait que les All Blacks soient champions. Voilà, c’est fait. »

N’entendez aucun hommage dans cette sortie de Pascal Papé. Mais l’ironie désabusée d’un capitaine qui se sent floué. Car, à l’occasion de cette Coupe du Monde, de SA Coupe du Monde qu’organise la Nouvelle-Zélande sur son sol en 2011, la France déjoue les pronostics… et se hisse en finale.
Alors que l’Enfer leur est promis dans un Eden Park d’Auckland chauffé à blanc, les Bleus répondent brillamment au défi physique imposé par les Blacks. Jusqu’à prendre l’ascendant dans le jeu, malgré un petit point de retard à la 50ème minute. Malheureusement, l’arbitre oublie plusieurs pénalités en faveur des Tricolores et le score restera bloqué à 8-7 pour les locaux. Un Gallois, éditorialiste pour le Guardian, confiera même après : « L’abitrage a été minable. C’est inacceptable de voir de tels agissements. »

2007 – Les yeux dans les yeux

En 2007, la France organise la Coupe du Monde, mais c’est pourtant à Cardiff qu’est délocalisé le quart de finale des Bleus contre la Nouvelle-Zélande. « Peut-être que personne ne voulait nous voir perdre sur le sol national », s’insurge Imanol Harinordoquy quelques années plus tard. « On était tous scandalisés, ça a dû décupler notre motivation. Quand ta famille ne peut même pas venir te voir, qu’est-ce que tu veux, tu es forcément dégoûté. »
Pourtant, les Bleus rentrent mal dans leur match, menés 13-3 à la mi-temps. Mais, solides dans tous les compartiments du jeu, ils reviennent au score, puis passent devant au bénéfice d’un essai entaché d’un en-avant – le sélectionneur All Blacks évoquera même l’idée d’un trucage après la rencontre… En attendant, l’équipe de France confirme qu’elle n’est pas la victime expiatoire des néo-zélandais en Coupe du Monde, vainqueur de deux des trois dernières confrontations dans cette compétition.

1999 – L’Exploit majuscule

Peut-être l’un des plus grands exploits du sport français. Il faut dire que le contexte n’est pas vraiment favorable à l’orée de cette Coupe du Monde 1999. Un Tournoi des V Nations raté, tout comme la tournée estivale… Et une qualification pour les quarts de finale à l’arrachée face aux modestes Fidjiens. Alors c’est peu de dire que les All Blacks partent favoris. La cote pour une victoire de l’équipe de France ? 20 contre 1. La suite appartient à l’histoire – et se passe de mots…

1994 – L’essai du bout du monde

Tu ne peux pas décomposer l’action quand tu es sur le terrain, parce que tout va très vite et que tu n’y participes que quelques secondes. Après, sans la télé, tout se serait un peu embrouillé. Quand tu revois ça, c’est incroyable, parce que tout le mouvement est parfait, comme un essai d’entraînement, et tu sais bien que jamais tu ne pourras le reproduire. »

Jamais. Ce 3 juillet 1994, comme le raconte Guy Accoceberry, s’incarne un moment unique, un instant de grâce que seule l’oeuvre d’un artiste peut habituellement créer. Une œuvre, ici, collective.
Dans ce dernier test-match de la tournée estivale des Bleus, ces derniers sont menés 20-16 à trois minutes de la fin lorsque se déroule cette partition au diapason. Saint-André, Gonzalez, Deylaud, Benazzi, Ntamack, Cabannes, Delaigue, Accoceberry… qui, au tout dernier moment, plutôt que de conclure, passe à Sadourny qui écrase dans l’en-but, consécration du « French flair » et d’un panache qui fait le beau dans toute sa gratuité. La victoire est française, une deuxième consécutive contre les All Blacks – rare exploit –, mais ses 80 minutes passeront au second plan, l’histoire ne retenant que ces 28 incroyables secondes.

1987 – La finale en ouverture

Ce n’est pas le France-Nouvelle-Zélande dont on se rappelle le plus. Mais, pourtant, cette confrontation reste un véritable événement : ce 20 juin 1987, se dispute la toute première finale d’une Coupe du Monde de rugby à XV, à Auckland, entre les Bleus et les All Blacks. Une Coupe du Monde sur invitation qui se déroule dans un contexte particulier, celui de la Guerre Froide et de l’apartheid en Afrique-du-Sud.
La France fait match nul face à l’Écosse, puis écrase la Roumanie 55-12 et le Zimbabwe 70-12. Après une victoire en quarts de finale face aux Fidji 31-16, les Tricolores s’offrent l’Australie devant son public, à Sydney, 30-24. C’est Serge Blanco qui envoie les Bleus en finale grâce à un essai dans les ultimes secondes… qui aura un effet malheureux : « Après notre fabuleuse demi-finale contre l’Australie, il y avait un sentiment de satisfaction suprême », se souvient Philippe Sella, alors sur le terrain. « C’est humain mais toujours très dangereux pour préparer une rencontre. »

La suite ? Une finale qui « bascule à l’heure de jeu ». « Ils inscrivent deux essais […]. La Coupe du monde, on la perd là. Le score est lourd derrière, mais pendant une heure, on a le sentiment de pouvoir gagner. »